Fjords Reviews

HOME | In Translation | Beyond Elsewhere
Beyond Elsewhere

September 10, 2015

Share Button

Beyond Elsewhere

by Gabriel Arnou-Laujeac
translated from the French by Hélène Cardona

X

About Gabriel Arnou-Laujeac

Fjords Review, Gabriel Arnou-Laujeac Gabriel Arnou-Laujeac is the author of the acclaimed Beyond Elsewhere (Èditions du Cygne, 2013). Publications include Petite anthologie de la jeune poésie française (Éditions Géhess, 2009), Le livre de la prière (Éditions de l’Inférieur, 2013), Les Citadelles, Poésie Directe, Littérales, Polyglotte, Recours au Poème, Testament, 3è Millénaire and L’Opinion indépendante. He contributed to the book Irak, la faute, with Alain Michel and Fabien Voyer (Éditions du Cerf, 2000). He graduated from Sciences Po and holds a Master’s degree (Fondements des Droits de l'Homme). He also studied philosophy and Eastern poetry.

X

About Hélène Cardona

Fjords Review, Hélène Cardona Hélène Cardona is an award-winning poet, literary translator and actor. She taught at Hamilton College & Loyola Marymount University, and received a Master’s in American Literature from the Sorbonne and fellowships from the Goethe-Institut & Universidad Internacional de Andalucí a. She is the author of Dreaming My Animal Selves (Salmon Poetry, 2013); Beyond Elsewhere (White Pine Press, 2016), her translation of Gabriel Arnou-Laujeac; Ce que nous portons (Éditions du Cygne, 2014), her translation of What We Carry by Dorianne Laux; and The Astonished Universe (Red Hen Press, 2006).
She is notably published in Washington Square, World Literature Today, The Warwick Review, Plume, Poetry International, Dublin Review of Books, Irish Literary Times, Periódico de Poesía, & Recours au Poème.
She co-edits Fulcrum: An Anthology of Poetry and Aestehtics and Levure Litté raire and co-edited Dublin Poetry Review.

Excerpt from Beyond Elsewhere by Gabriel Arnou-Laujeac, forthcoming from White Pine Press in 2016, translated from the French by Hélène Cardona.

In front of me, the sea. I contemplate the Horizon behind the horizon, where waves and ether marry. I’m a grain of sand in an ellipsis, a sun shard mingled with stardust haloing the still bare strand.

This is the absolute dawn.

The large azure bust stretches on the vast sea’s sapphire bed. The elusive embraces the unfathomable in a long silence reflecting the ineffable. The sleepy-eyed Day awakens, spreads its ray, illuminating everything. The horizontal and vertical merge and challenge the blowing winds from east to west, from north to south, joined in the plenitude of a union without oblivion.

Everything here is an Elsewhere.

I invoke the new dawn nestling in the aurora, aurora surrendering to the impetus of day, silently proclaiming the advent of the sun king. I invoke the glory of the scintillating monarch, escorted by the invisible, advancing on an invincible chariot whose light is the archer, and the infinite, its target.

I invoke the fiery eye opening between Heaven and Earth, in their center enthroned the way the heart reigns at the core of being. I invoke its visionary flame, without which all is only orphan shadows, haunted by the dark orb of ghostly skies.

I invoke its splendorous displays that swallow us in solitude – where nothing is lacking, where nothing is excluded – and echo the memory of a plenitude to be resurrected. I invoke the star from elsewhere bearing the blueprint for enlightenment and fire, and the light of the whole world within.

I invoke the music of the spheres engraved on the golden disc’s infinite grooves: I invoke the sun’s soul and its great, still unheard love cry.

I invoke the original lovers, Heaven and Earth, their bodies touching and merging until indivisible at the end of the horizon. I invoke the inexhaustible progenitor, the rod from beyond the grave whose embrace resurrects, its demiurgic waters bathing the naked body of this world.

I invoke Earth swallowing the heavenly seed, the tireless waves washing over her hips, Life plummeting from the Infinite like a meteor shower. I invoke the million wings lifting Earth, the flight offered to platitudes here below, the contagious fervor of high winds inhaling us in their Lung and propelling us in the immensity.

I invoke heaven’s seal that is Breath, indomitable Breath, Breath that pierces, purifies, resuscitates all it embraces in its elusive dance; and the fiery bush burning our finiteness, our servitudes and our dust, to reawaken in its heart, freed from space and time, their laws rendered powerless.

When all seems gone, the black night’s Truth remains in the time of celestial assimilations, the great luminaries contemplating one another, eyes closed. The invisible Seer remains, the one nameless Being transcending all images.

Memory and path remain: a spark through the thread of an oblique beam back to the Sun; a pilgrim retracing the sky’s fingerprints to their invisible source; a tightrope walker on razor’s edge between mirror and veil of inner being; a soul in exile scampering against the void and running into the arms of Love.

The echo of silence remains, arising in defiance of the night, so the promise of return can vibrate and resound in the heart of stateless souls who know they don’t belong here, nor elsewhere, and even less now.

***

Devant moi la mer. Je contemple l'Horizon derriùre l'horizon, où s'épousent l'onde et l'éther. Je suis un grain de sable en points de suspension, un fragment du soleil mêlé aux poussiùres d'étoiles qui nimbent la grùve encore nue.

C'est l'aurore absolue.

L'azur au large buste s'étend sur le lit de saphirs que font les vastes mers. L'insaisissable étreint l'insondable dans un long silence mimant l’ineffable. Tout s'illumine sous les lourdes paupiùres du Jour qui s'éveille et répand son rayon. Unis, dans la plénitude d'une union sans oubli, de l'est à l'ouest, du nord au sud, l'horizontale et la verticale se confondent et défient le souffle des vents.

Tout ici est un Ailleurs.

J'invoque l'aube nouvelle qui s'offre aux bras de l'aurore, l'aurore qui s'abandonne aux élans du jour, proclamant en silence l'avùnement de l'astre roi. J'invoque la gloire du monarque étincelant, escorté par l'invisible, qui avance sur un char invincible dont la lumiùre est l'archer, et l'infini, la cible.

J'invoque l'œil de feu qui s'ouvre entre Ciel et Terre, trônant en leur centre comme le cœur trône au centre de l'être. J'invoque sa flamme visionnaire, sans laquelle tout ne serait qu'ombres orphelines, hantées par l'orbe éteint de cieux fantômes.

J'invoque la splendeur de ses spectacles qui nous avalent dans une solitude où rien ne manque, où rien n'est exclu, et qui sont l'écho, le souvenir en nous ressuscité d'une plénitude à faire renaître. J'invoque l'astre venu d'ailleurs avec la formule de l'éveil et du feu, et toute la lumiùre du monde en son sein.

J'invoque la musique des sphùres gravée sur le disque d'or aux sillons infinis : j'invoque l'âme du soleil et son grand cri d'amour encore inentendu.

J'invoque les amants des origines, le Ciel et la Terre, leurs corps qui se touchent jusqu'à l'indivision, tout au bout de l'horizon. J'invoque l'inépuisable géniteur, la verge d'outre-tombe dont l'étreinte ressuscite, les eaux démiurges qui baignent le corps nu de l'ici-bas.

J'invoque la Terre qui avale la semence céleste, les ondes inlassables qui ruissellent sur ses hanches, la Vie chutant de l'Infini comme une pluie d'étoiles filantes. J'invoque les millions d'ailes qui soulùvent la Terre, l'envol offert aux platitudes d'ici-bas, la ferveur contagieuse des grands vents qui nous aspirent dans leur Poumon et nous propulsent dans l'immense.

J'invoque le sceau du ciel qui est un Souffle, un Souffle indomptable, un Souffle qui traverse, purifie, ressuscite tout ce qu'il enlace au gré de sa danse insaisissable ; et le buisson ardent qui brûle nos finitudes, nos servitudes et nos poussiùres, pour nous faire renaître en son sein, affranchis de l'espace et du temps et de leurs lois impuissantes.

Lorsqu'il n'y a plus rien, il reste la Vérité de la nuit noire au temps des absorptions célestes, quand les grands luminaires se contemplent les yeux clos. Il reste l'invisible Voyant, l'être unique qui transcende toute image et qui n'a pas de nom.

Il reste la mémoire et le chemin : une étincelle qui parcourt le fil d'un oblique rayon de retour au Soleil ; un pùlerin qui remonte les empreintes du ciel vers leur source invisible ; un funambule qui avance sur le fil du rasoir reliant le miroir et le voile de son être profond ; une âme en exil qui détale à rebours du vide et qui accourt dans les bras de l'Amour.

Il reste l'écho du silence qui s'élùve à contre-nuit, pour que sonne et résonne la promesse du retour, au creux des âmes apatrides qui savent n'être point d'ici, ni d'ailleurs, et encore moins de maintenant.

Gabriel Arnou-Laujeac, from Plus loin qu'ailleurs (Éditions du Cygne, 2013)